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Comment restaurer la mémoire familiale?

 

Le mot photographie provient du grec « phos » ou « phàos », signifiant lumière. « Phàos » et « phaino » sont probablement liés par étymologie, « phaino » pouvant signifier « faire apparaître ou briller » ; c’est le mot qui a donné naissance à fantôme et fantaisie. L’étymologie montre que la photographie est liée à l’invisible et à l’apparition. Il est vrai que sa prédilection est de faire apparaître des spectres de lumière, de sortir de la fluidité du temps pour capturer une trace matérielle, un fantôme de matière. J’ai voulu adopter une pratique photographique au plus proche de cette étymologie.

 

Des films argentiques résiduels, non développés, laissés au rebus m’ont été fourni par des laboratoires professionnels. Ces films considérés comme des erreurs par leurs propriétaires ont été tous pris lors de réunions familiales ( mariage, célébration, anniversaire... ). Après divers opérations dont la sélection et l’assemblage de négatifs ainsi que l’application de gels colorés, j’obtiens des séquences qui se situent à la lisière de l'apparition et de la disparition. L'image est fantomatique, constituée en partie de creux et de manque. Son fonctionnement par séquençage est vertical, il donne une incohérence de temporalité allant à l’encontre du temps linéaire. La sensation de lisibilité provient du fait que les éléments sont concentrés à un niveau  élémentaire: de simples formes verticales qui relèvent d’un pur dispositif d’espace-couleur. Ces photographies abandonnent la représentation de la famille pour se référer à leurs propres éléments (symbolique des formes, matières, couleurs). Le regard y invente en se posant sur ce qui était là mais qui n’existait que de manière latente. Il rend signifiant un élément insignifiant.

« Les premières photographies relevaient de la magie parce qu’elles montraient, plus directement que toute autre forme d’image, l’apparence de ce qui est absent. »

John Berger, Jean Mohr, Une autre façon de raconter.


« L’invention n’est qu’une manière de voir », elle « se saisit des incidents et des accidents, en fait des chances, des signes. »

Paul Valéry, Cahiers.

How to restore family memory?


The word photography comes from the Greek "phos" or "phàos", meaning light. "Phàos" and "phaino" are probably linked by etymology, "phaino" can mean "to make appear or shine"; it is the word that gave birth to french name: "ghost" and "fantasy". Etymology shows that photography is linked to the invisible and the apparition. it is true that its predilection is to make spectra of light appear, to leave the fluidity of time to capture a material trace, a ghost of matter. I wanted to adopt a photographic practice as close as possible to this etymology.

Residual, undeveloped, discarded silver films were provided to me by professional laboratories. These films, considered as mistakes by their owners, were all taken during family reunions (wedding, celebration, birthday...). After various operations including the selection and assembly of negatives and the application of coloured gels, I obtain sequences that are located at the edge of the appearance and disappearance. The image is ghostly, partly made up of hollows and gaps. Its sequencing operation is vertical, it gives an incoherence of temporality that goes against linear time. The feeling of readability comes from the fact that the elements are concentrated at an elementary level: simple vertical forms that are part of a pure space-colour system. These photographs abandon the representation of the family to refer to their own elements (symbolism of shapes, materials, colours). The gaze invents itself by looking at what was there but which only existed in a latent way. It makes an insignificant element significant.

"The first photographs were magical because they showed, more directly than any other form of image, the appearance of what is absent. »
John Berger, Jean Mohr, Another way of telling.

"Invention is only a way of seeing", it "deals with incidents and accidents, in fact with opportunities and signs. »
Paul Valéry, Cahiers.



 

 

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