Mes projets sont une recherche entre fiction et documentaire pour témoigner à ma façon et tenter de prendre position dans une société contemporaine en pleine crise.
Mes photographies ne sont pas le résultat d’une prise de vue et d’un tirage mais d’une somme d’actions et d’un temps lent d’élaboration. Cela passe par la transformation du regard en geste et en langage plastique en ayant défini au préalable un protocole, une distance possible, un moyen, une solution. Avec tous les décalages spatiaux temporels formels et matériels constitutifs de l’image elle-même, les actes de destruction, de dématérialisation avant qu’ils deviennent actes de re-générescence et de re-matérialisation sont mes processus de fabrication.
Ma photographie s’articule autour de juxtapositions de multiples strates comme si mon intention était de creuser l’image photographique pour y trouver un espace qui rendrait visible l’essentiel de celle-ci, en quelque sorte son inconscient. C’est un travail où les couches de sens gagnent à se superposer.
J’utilise la photographie pour y imprimer les formes symboliques de mes représentations mentales et de ses réminiscences. Elle a une épaisseur invisible et pourtant palpable de ma propre réalité, une matière comme fragment de mémoire. Carrefour entre deux temporalités: le présent de la perception et le passé contemporain du souvenir, la mémoire et son rôle dans la perception sont probablement au cœur de mes interrogations. Le temps cyclique en est une notion clé.
Il s’agit d’interroger la notion du non-visible, du hors-champs, de l’entre-deux à la limite du perceptible. J’entretiens en effet une fascination particulière pour tout ce qui à trait à l’inconnu et au non-visible, du domaine de l’impalpable.
Dans mes travaux, les éléments se lient mais ont leur autonomie propre, tels des notes, ils gravitent les uns autour des autres, dans une forme de non-évidence, un ailleurs difficile à nommer comme des constellations.

 

©Gaëlle Abravanel - 2020